Appel à Communication pour le Colloque sur « La crise du lien social en Côte d’Ivoire ou la société ivoirienne en travail
Penser les crises du lien social est un enjeu scientifique de taille pour les sociologues et les anthropologues. Le lien social devient le nouveau concept à travers lequel le changement social se lit. Au nord comme au sud, les sociétés semblent avoir amorcé des mutations qui donnent à voir des individus et des groupes sociaux (dans une large mesure) en pleine recomposition (plus ou moins rapides) de leurs rapports aux structures que ce soit la famille, le politique, l’économie, la religion. Dans un ouvrage intitulé Dans quelle société vivons-nous ? François Dubet et Martucelli (Dubet and Martuccelli, 1998), en s’appuyant sur l’expérience française, donnaient des clés de questionnement de ces mutations. La représentation traditionnelle de l’idée de société y est, comme partout, si chamboulée que Dubet est revenu sur le chantier dans un ouvrage au titre encore plus évocateur « Le travail des sociétés » (Dubet, 2009), et ce, pour montrer surtout l’effervescence de la fabrique du social sous les effets de la mondialisation. Donnant ainsi chair à une idée-force autrement défendue par François de Singly (De Singly, 2003) et selon laquelle lorsque certains liens disparaissent donnant l’impression que l’individu est désormais dé-enchâssé, ils sont immédiatement remplacés par d’autres. Les recompositions qui rendent compte de ce travail des sociétés en question sont logées dans la dynamique et le tissu des rapports sociaux. Elles sont universelles et se manifestent dans des formes toutes aussi variées. Le mouvement est le plus souvent saisi dans des termes comme « crise de la représentation politique », « crise de la spiritualité »,… Bref, des mouvements dialectiques qualifiés de crise du lien social qui sont à la fois liance, déliance mais aussi reliance, pour employer trois concepts chers à Bolle de Bal ( 1996; 2003). Ce qu’il est convenu d’appeler crise sociétale donne de la matière aux sciences sociales et plus particulièrement à la sociologie et à l’anthropologie. Car il devient urgent de comprendre les formes et les significations que prennent, en se transformant, les relations entre les individus et les structures. D’autant plus que la fluidité de la réalité remet en question les représentations et les théories de la totalité sociale. Il convient désormais de comprendre ce que l’acteur négocie avec les structures et à travers quelles formes d’action sociale. L’universalité du recours au concept de crise du lien social pour qualifier le changement social ne doit pas faire perdre de vue que ce qu’il est convenu d’appeler crise du lien social peut être fortement déterminé par des spécificités nationales et culturels. Lesquelles spécificités finissent par organiser et par dessiner des modes et des formes particulières d’expression de crise. Il est reconnu que les études de cas nationaux sont particulièrement plus enrichissantes pour renseigner en profondeur des enjeux sociétaux de ces changements sous les coups de la mondialisation et de la modernité. La Côte d’Ivoire sera ici le terrain privilégié de lecture de cette dialectique de l’ordre et du désordre. Dans le langage commun, l’on s’accorde à dire que la Côte d’Ivoire, vue de 1960 à nos jours, n’est plus ce qu’elle était. Cette façon de voir et de percevoir la Côte d’Ivoire dans le rétroviseur social est devenue un corps de vérité socialement construit et très peu questionné. Replacés dans une durée relativement longue, ce sont ces modes et les formes d’expression en marche que conventionnellement l’on appelle « crise » et que les spécialistes des sciences sociales qualifient de crise du lien social méritent d’être revisités. Ils méritent d’être visités non pas seulement à l’aune de l’actualité sociopolitique mais aussi dans une trajectoire sociétale plus longue. Tout y serait en « crise » : crise économique, crise politique, crise de l’éducation, crise spirituelle, etc … Qu’est-ce qui y aurait vraiment changé ? Comment ces changements sont nommés, vécus, et interprétés ? Tels sont le sens et l’intérêt de ce colloque.
Les communications attendues dans le cadre de ce colloque devront s’inscrire dans l’un des 3 axes suivants : 1. Les mots de la crise 2. La pluralité des champs d’observation de la « crise » du lien social 3. Les réponses sociétales et politiques aux crises du lien social
Les résumés (entre 1 500 et 2 000 signes, espaces compris, simple interligne, Times 12) devront être envoyés, accompagnés du titre de la communication, d’une bibliographie sommaire, des nom et prénom de l’auteur, sa fonction, son rattachement institutionnel, son adresse postale, son courriel, ses numéros de téléphone et de télécopieur, au plus tard le 31 août 2010 au Secrétariat du Comité d’Organisation, aux adresses suivantes : sergelida@aol.fr droh_d@yahoo.fr gnangon@yahoo.fr
Les textes complets des Communications sont attendus pour le 30 novembre 2010 au plus tard. |